Thermographie et bike fitting : peut-on voir comment le corps réagit à sa position ?

La thermographie infrarouge peut-elle compléter le bike fitting ? Asymétries, zones de surcharge, réponse à un réglage : ce que dit la revue de littérature 2025.

Thermographie et bike fitting : peut-on voir comment le corps réagit à sa position ?

Lors d'un bike fitting, on cherche généralement à optimiser la position du cycliste à partir de paramètres biomécaniques : angles articulaires, répartition des appuis, coordination musculaire.

Mais une question reste essentielle : comment savoir si le corps tolère réellement cette position ?

Deux cyclistes peuvent présenter des réglages très proches et pourtant ressentir des sensations complètement différentes. Les schémas moteurs sont donc très importants dans l'analyse du sujet. L'analyse de la capacité de mobilité, de force, de souplesse sont autant d'analyses du cycliste. Mais avec les progrès technologiques, on se demande si de nouvelles analyses peuvent venir compléter le bilan.

C'est dans cette perspective que la thermographie infrarouge suscite de plus en plus d'intérêt dans le domaine du bike fitting. Une revue de la littérature publiée en 2025 dans Sensors, intitulée « Thermography in Bike Fitting: A Literature Review », fait le point sur les connaissances actuelles et sur le potentiel de cette technologie.

Qu'est-ce que la thermographie ?

La thermographie infrarouge permet de mesurer la température de la surface cutanée grâce au rayonnement infrarouge. Concrètement, une caméra thermique produit une image représentant les différentes températures de la peau.

Lors d'un effort, la température cutanée peut être influencée par plusieurs phénomènes :

  • l'activité musculaire ;
  • la circulation sanguine ;
  • la fatigue ;
  • les contraintes mécaniques ;
  • la pression locale ;
  • les frottements ;
  • certaines asymétries entre les deux côtés du corps.

L'intérêt de la thermographie est donc de fournir une information différente de celle obtenue avec une analyse vidéo ou des capteurs de mouvement. On ne regarde plus seulement comment le cycliste bouge, mais comment son organisme réagit à cette position.

Que peut apporter la thermographie au bike fitting ?

La revue publiée en 2025 analyse 26 études et met en évidence plusieurs applications potentielles.

1. Identifier des asymétries

L'une des applications les plus intéressantes concerne la comparaison droite/gauche. Un cycliste peut présenter une différence de température entre ses deux membres inférieurs ou entre différentes zones musculaires.

Cette asymétrie peut être liée à de nombreux facteurs :

  • différence de recrutement musculaire ;
  • compensation ;
  • positionnement asymétrique ;
  • fatigue ;
  • antécédent de blessure.

La thermographie pourrait ainsi servir de signal d'alerte lorsqu'une asymétrie importante apparaît. Attention cependant : une différence thermique ne signifie pas automatiquement qu'il existe une pathologie ou un mauvais réglage. Elle constitue une information supplémentaire à interpréter avec les autres données du bilan.

2. Identifier des zones de surcharge

Une autre piste concerne l'identification de zones particulièrement sollicitées. Lorsqu'une région présente une réponse thermique différente du reste du membre, cela peut attirer l'attention sur une zone qui mérite d'être analysée plus précisément. La thermographie pourrait alors permettre de compléter l'observation biomécanique du pédalage.

3. Observer la réponse du corps après une modification de position

C'est probablement l'utilisation la plus intéressante en pratique. Imaginons un cycliste présentant une surcharge du membre inférieur droit. On réalise une modification du positionnement :

  • réglage des cales ;
  • modification de la hauteur de selle ;
  • changement du recul ;
  • adaptation du poste de pilotage.

Une nouvelle analyse thermique pourrait alors être réalisée. L'objectif ne serait pas de rechercher une « image parfaite », mais d'observer si la modification entraîne une réponse plus homogène ou plus cohérente avec les symptômes du cycliste.

Mais attention : la thermographie ne mesure pas la pression

C'est probablement le point le plus important à retenir. Une caméra thermique mesure une température cutanée. Elle ne mesure pas directement :

  • la pression ;
  • la force ;
  • la charge articulaire ;
  • l'activité musculaire ;
  • la compression nerveuse.

Une zone chaude n'est donc pas nécessairement une zone « trop sollicitée ». La température cutanée est influencée par de nombreux paramètres :

  • température de la pièce ;
  • humidité ;
  • transpiration ;
  • température corporelle ;
  • vascularisation ;
  • épaisseur des tissus ;
  • temps écoulé depuis l'exercice ;
  • récupération.

La thermographie doit donc être considérée comme un outil complémentaire, et non comme un outil de diagnostic isolé.

Pourquoi la standardisation est essentielle

La revue met également en évidence une importante limite de la littérature actuelle : les protocoles utilisés dans les études sont très différents. Les chercheurs ne travaillent pas toujours avec :

  • les mêmes caméras ;
  • les mêmes températures ambiantes ;
  • les mêmes temps de récupération ;
  • les mêmes durées d'exercice ;
  • les mêmes méthodes d'analyse.

Cela rend les résultats difficiles à comparer. Avant d'utiliser la thermographie comme véritable outil clinique de bike fitting, il faudra donc probablement standardiser les conditions de mesure. Cela permettra notamment de répondre à une question essentielle : quelle différence thermique est réellement significative chez un cycliste ?

Thermographie : vers un bike fitting plus physiologique ?

Elle pourrait ainsi être utilisée en complément d'autres outils :

  • analyse vidéo ;
  • capture de mouvement ;
  • capteurs de pression ;
  • EMG ;
  • analyse de puissance.

L'objectif ne serait pas de remplacer ces technologies, mais de croiser les informations.

Que peut-on réellement retenir en 2025 ?

La thermographie est une technologie prometteuse mais encore expérimentale dans le bike fitting. La revue de 2025 suggère qu'elle pourrait permettre de mieux comprendre certaines réactions corporelles.

Il manque encore des études démontrant qu'un bike fitting guidé par thermographie améliore réellement les douleurs, réduit les blessures ou améliore les performances par rapport à un bike fitting classique.

Vers une nouvelle génération de bike fitting

L'intérêt de la thermographie n'est donc peut-être pas de devenir le nouvel outil indispensable du bike fitting, mais plutôt de participer à une évolution plus globale de notre manière d'évaluer le cycliste.

Pendant longtemps, nous avons principalement cherché à savoir si le cycliste avait une bonne position. Aujourd'hui, nous pouvons progressivement chercher à comprendre : comment le cycliste bouge, comment il produit sa force et comment son organisme répond à cette position.

C'est probablement cette combinaison entre biomécanique et physiologie qui permettra de faire évoluer le bike fitting dans les prochaines années. La thermographie ne donne pas encore toutes les réponses. Mais elle pourrait nous aider à poser de meilleures questions.

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